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Le terrorisme, c’est viser un collectif à travers des individus.



Une fois n'est pas coutume, dans cette rubrique consacrée d'habitude aux livres parlant d'EMDR, IMO, nous publions ce jour l'intégralité de l'interview sur RFI par Florent Guignard, de Milca Céline Adrey, psychologue clinicienne, spécialiste du traitement du syndrome post-traumatique et membre de l’association OneFamily.


Le terrorisme, c’est viser un collectif à travers des individus.
- On a entendu le témoignage d’une survivante d’un des kibboutz attaqués le 7 octobre par le Hamas. Y a-t-il une différence de traumatisme entre le fait d’avoir subi une telle attaque et le fait d’avoir été otage ?

- Milca Céline Adrey : Oui. D’abord sur la durée de l’exposition. Evidemment que les gens qui reviennent ont non seulement été présents le 7 octobre durant le massacre, puis après, ils ont été kidnappés. Ce qui est encore une autre expérience de frayeur. Ils ont très souvent été lynchés par la foule lors du passage de la bande de Gaza, jusque dans Gaza. Ils sont restés presque deux mois en détention. Ils ont été maltraités. On sait que pour certains, ils ont été obligés de visionner les films des exactions, ils ont été frappés. C’est bien plus lourd.

- Comment on s’en sort justement après tout cela ?

Pour comprendre comment on soigne des victimes d’attentat, il faut comprendre les ressorts psychologiques du terrorisme d’abord, et l’intention qu’il y a derrière le terrorisme. C’est évident que ce qui est recherché dans le terrorisme ce n’est pas de tuer, mais c’est bien d’immobiliser un groupe par la terreur. C’est un collectif qui est visé à travers des individus. En fait, vous tuez une personne mais c’est pour sidérer ou rendre malade des milliers d’autres qui par cercles concentriques vont en contaminer d’autres autour d’eux.

La terreur, c’est donc une arme à plusieurs temps. Il y a le moment de l’exaction, de la tuerie, mais en fait ce qui est visé, c’est vraiment de sidérer les personnes qui vont être témoins.

- C’est-à-dire que les traumatismes ne vont pas toucher seulement les otages directement, mais évidemment aussi leurs familles, leurs proches ?…

Oui, et c’est important d’en prendre conscience. Par exemple, quand il y a un attentat, ce n’est pas forcément les gens qui ont été victimes physiquement à l’attentat qui vont développer le plus de troubles. C’est souvent par exemple les gens qui se précipitent pour regarder ou on l’a vu ces dernières années avec l’utilisation massive de l’arme du terroriste, des réseaux sociaux et de la construction des vidéos, des gens (en particulier des adolescents) qui vont être exposés visuellement aux images et qui vont développer des troubles.

- Quels sont le genre de troubles de symptômes post-traumatiques que vivent ces victimes ?

En général, ce qu’on appelle le trouble de stress post-traumatique, il est caractérisé par plusieurs symptômes. Un de ceux qui est le plus violent, c’est cette façon d’être pris, d’être arrêté dans le courant de la journée de façon complètement intrusive par des images qui reviennent, des odeurs qui persistent, le goût dans la bouche, cette sensation d’être là sans être là, avec une très forte incapacité à se concentrer.

Par exemple, chez de jeunes enfants, on peut voir qu’il y a un trouble traumatique parce qu’ils ne vont pas être capables de regarder un dessin animé, d’accomplir des tâches habituellement simples. Évidemment, des troubles du sommeil avec des cauchemars récurrents qui vous empêchent de récupérer pendant la nuit parce que vous êtes en permanence réveillés par les cauchemars, les troubles de l’alimentation… La liste est longue.

- Est-ce que ces troubles peuvent parfois mettre du temps à émerger ?

Oui. Très souvent. D’abord les troubles peuvent ne pas émerger, ce n’est pas systématique qu’on développe un stress post-traumatique après une agression. Certaines personnes vont le faire, d’autres pas. Et en général, il y a un temps qu’on appelle « le temps de latence ». C’est-à-dire qu’après quelques mois, un petit déclencheur qui va faire que tout d’un coup, un bruit, un son va vous rappeler et vous replonger dans cette situation et ça peut se déclencher à ce moment-là.

- Lors des prises d’otage, on évoque ce fameux syndrome de Stockholm. Certains l’ont évoqué lors de la libération des premiers otages du Hamas. Ils sont apparus sur les images souriants alors que les ravisseurs venaient de les libérer. Est-ce que c’est un phénomène que vous avez observé ?

Je suis un peu plus réservée sur le syndrome de Stockholm... D’abord, il faut se remettre en situation. Quand on est libéré et que vous êtes sous le feu des caméras du Hamas, qui de toute façon fait une mise en scène, vous êtes tenus à faire certains gestes qu’on vous demande de faire. Et évidemment, dans des conditions où il est question de vie ou de mort, vous n’allez pas vous opposer. Donc, au moment de la libération, il y a que vous êtes tenus par vos agresseurs de vous comporter d’une certaine façon et que vous êtes aussi soulagés potentiellement.

Le syndrome de Stockholm, c’est plus compliqué que cela. C’est une prise de position dans une telle adhésion à l’agresseur qu’on finit par avoir peur par exemple, comme ça s’était passé à Stockholm, les otages avaient de la suspicion à l’égard de la police qui venait les libérer. C’est comme si on avait vu des otages se retourner contre la Croix-Rouge. Mais ce n’est pas le cas.

Donc, je ne parlerai pas d’un syndrome de Stockholm dans ce à quoi nous avons assisté. On a simplement des gens qui sont contraints à réagir d’une certaine façon devant les télés et qui sont aussi très certainement en train d’être quand même potentiellement libérés, soulagés en se disant : est-ce que ça va avoir lieu ou pas ? On les sent inquiets, mais ils sont quand même en train de vivre une libération.

- Est-ce qu’on peut ressortir plus forts d’une prise d’otages ?

On ressort différents, radicalement différents. C’est la naissance d’un nouvel être en général. Les gens nous disent qu’il y a un avant et un après. La puissance de l’événement fait que parfois on est animés par une force de rage, de revanche, de nécessité de trouver une réponse à l’agression, qui fait qu’il y a une certaine force qui se révèle à l’intérieur de la personne.

Mais si cette force, quand vous subissez une agression, vous êtes obligés d’y réagir. Si vous n’êtes pas capables d’y réagir et si vous restez simplement en position de la subir, à ce moment-là, vous n’êtes pas plus forts. En général, vous développez des troubles qui vous détruisent. Si par contre, vous arrivez à vous relever pour y répondre, ça peut être de façon extrêmement créative, ce n’est pas forcément par une agression. A ce moment-là, ça peut révéler une forme de vie, de créativité très positive dans sa façon d’être au monde.

Laurent GROSS
Hypnothérapeute, Formateur en EMDR - IMO à Paris, Marseille et Nancy. Chargé d'enseignement au DU... En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le 1 Décembre 2023 à 17:23 | Lu 180 fois




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