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Levée d'amnésie traumatique.



"Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent" issu de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80.


Levée d'amnésie traumatique.
En septembre dernier, l’actrice Juliette Lamboley publiait un podcast, « Nuit noire, nuit blanche », où elle raconte son amnésie traumatique après un viol subi à l’âge de 14 ans. Une expérience déstabilisante qui peut devenir une ressource lorsqu’elle est intégrée dans une démarche thérapeutique comme nous le voyons dans cet article. Technique hypnotique du « yes set » et recadrage cognitif permettent ici à Joséphine, qui a vécu sa levée d’amnésie comme un choc, de se retrouver telle qu’elle était « avant ».

Trouble fréquent de la mémoire lorsqu’il y a violence, selon Muriel Salmona, dissociation de sauvegarde selon Bessel van der Kolk, parcellaire ou complète, l’amnésie traumatique est un phénomène d’une inquiétante étrange- té pour qui la traverse... Au-delà du choc de ce qui se redécouvre, parfois par petites touches, parfois brutalement et par surprise, un déluge d’interrogations personnelles s’impose à soi : « Est-ce que j’invente ? Est-ce que je deviens fou ? »... mais aussi : « Comment ai-je pu oublier ça ? Et pourquoi pas d’autres événements dans ce cas ? » Véritable tempête psy- chique, ce que l’on croit savoir de soi, des autres et du monde se révèle faillible. C’est en quelques mots ce que vivent de nombreuses personnes qui connaissent une levée d’amnésie, en particulier lorsque celle-ci était totale, et plus encore si elle survient soudainement. Une forme de violente révélation à soi-même.

Joséphine et le souvenir de ce viol qui lui revient comme un boomerang.
Je fais la connaissance de Joséphine, une femme de 46 ans. Tout en elle respire le dynamisme et la joie de vivre : carrière passionnante, vie sociale et amicale riche, sourire resplendissant. Elle se décrit comme confiante, chanceuse et optimiste. C’est du moins ce qu’elle croyait jusqu’au jour où, à l’occasion de l’achat d’un titre de transport pour un déplacement professionnel, là, devant son ordinateur, elle est percutée par le souvenir d’un viol par son ex-partenaire, quatre ans auparavant, alors qu’ils étaient ensemble dans cette même ville. Un mot sous les yeux et son univers bascule, c’est brutal, violent et irréversible.

Elle me raconte : « Ce jour-là, j’avais rendez- vous pour un nouveau travail dans la matinée. Je n’avais pas envie de faire l’amour, je me lève et je vais dans la salle de bains pour me préparer. Il arrive derrière moi, me caresse, je lui dis que je ne veux pas, plusieurs fois. Il me bloque dans un angle, m’écrase de plus en plus fermement, et il me force. Je ne comprends pas, ne réagis pas... Ce n’est pas du tout moi ça... Je pars pour cet entretien et j’oublie tout, totalement, c’est complétement dingue ! Depuis que tout ça m’est revenu en boomerang, c’est un énorme bordel dans ma tête, c’est comme si tous les classeurs de ma bibliothèque étaient tombés par terre, tout en désordre. Comment c’est possible d’oublier un truc pareil ? Est-ce que c’est vraiment arrivé ou c’est moi qui délire ? Je ne crois pas que je délire, malheureusement, mais c’est tellement incroyable... Je n’ai jamais eu de souci avec mes partenaires normalement, c’est qui ce type, comment il pense ? On n’agit pas comme ça ! Je n’étais rien dans cette salle de bains... Et le plus dur peut-être, c’est moi là- dedans. Comment j’ai pu accepter ça ? Pourquoi je ne l’ai pas repoussé... Je me suis sentie comme me liquifier, sans aucune force, telle- ment faible... Et pourtant j’ai du caractère, pourquoi je me suis laissée faire ? Pourquoi c’est sorti de ma tête ? Je ne comprends pas, je ne comprends rien. »
En dépit de ce tourbillon d’énigmes pour elle, on peut constater que Joséphine parvient rapidement à accepter la réalité de l’événement, le « c’est moi qui délire ? » ne tient pas longtemps. Ses ressources apparaissent déjà nettement ici, même si de son point de vue seul le désastre en lieu et place de sa solidité psychique passée est perçu. Implicitement, elle admet l’agression, l’amnésie traumatique, et la justesse des souvenirs qui remontent, et donc la relative fiabilité de cette levée amnésique. Ce n’est pas le cas de tout le monde.

Tout d’abord et chez certains, l’amnésie maintient une parfaite étanchéité entre conscient et inconscient, des années durant, voire toute une vie. Les études démontrent que c’est chez les enfants qui ont connu des violences sexuelles intrafamiliales que ce phénomène est le plus fréquent. L’événement ou les événements ont généré un stress d’une telle intensité que la psyché a dû s’en protéger, faire disjoncter à la fois les circuits de réponses émotionnelles et les capacités cognitives de gestion de l’information. La mémoire émotionnelle et sensorielle reste fixée dans l’amygdale, l’hippocampe n’y a pas accès, ne peut pas la traiter, ne peut pas l’intégrer dans la mémoire autobiographique. C’est une crypte, une donnée brute enkystée.
Lorsqu’il y a levée amnésique, que celle-ci soit par toutes petites bribes sensorielles ou que les souvenirs soient très précis, on constate souvent une réelle difficulté à les intégrer, à les approprier. Le psychisme trouve parfois préférable de rester dans l’incertitude, quitte à se blâmer, à douter de ses perceptions et de sa santé mentale, plutôt que d’affronter le poids de la violence subie et surtout son lot d’éventuelles conséquences personnelles, sociales et/ou familiales. Dans ma clinique auprès des patients à l’épreuve du traumatisme, ces réactions/interrogations sont particulièrement fréquentes dans les violences sexuelles. Je pense par exemple à une jeune femme qui a été victime d’un viol collectif et qui reconnaît sa profonde ambivalence : « Parfois je sais ce qui s’est passé, mais c’est tellement atroce... je crois que je préfère penser que je suis responsable, ça voudrait dire que ça n’a pas existé. » C’est encore plus vrai lorsque les violences sexuelles surviennent en intra-familial, comme nous l’avons évoqué pour les amnésies « durables ». Ici, impensable et interdit prennent le pas, du côté des victimes comme des autres membres de la famille d’ailleurs. Dans son ouvrage Le berceau des dominations, Dorothée Dussy dévoile cette tendance très nette à dénier une réalité incestueuse, puisque « à choisir, aucun membre de la famille ne souhaite compter parmi elle un violeur d’enfants » (p. 275).

Autre évitement possible, les débats et controverses autour de la création de faux souvenirs peuvent donner matière au déni ou à la minimisation, validité scientifique, issue possible. Que sait-on du fonctionnement de la mémoire ? Sans traumatisme, les faux souvenirs ou illusions mnésiques se produisent spontanément, sans intentionnalité. Il s’agit principalement de légères déformations du réel. Notre mémoire épisodique fonctionne en une construction/reconstruction permanente, de sorte qu’on ne peut jamais dire à quel point le souvenir est « vrai ». La restitution d’une « pure réalité » par notre mémoire est de ce point de vue une croyance totalement partagée mais parfaitement erronée ! On voit d’ailleurs que c’est cette dimension qui fait chanceler la confiance en soi. Inversement, l’invention complète d’événements, appelée aussi le syndrome des faux souvenirs, semble quant à elle rarissime, mais sa probabilité autorise à penser que le drame ravageur n’a pas eu lieu.

Pour en revenir à Joséphine, apparaît chez elle essentiellement le besoin d’entendre, de la part d’un professionnel, ce que finalement elle a déjà admis. Une forme de psychoéducation est souvent utile dans l’accompagnement thérapeutique. Je m’appuie sur les connaissances partagées par la communauté scientifique à ce jour : les faux souvenirs existent, l’amnésie traumatique existe, sa levée soudaine aussi... Et plus celle-ci est involontaire, surgit quand on ne cherche rien, au détour d’un déclencheur imprévu, plus la réalité des faits masqués jusqu’alors est probable. Face à un stimulus extérieur, un son, une odeur, une silhouette, un mot... le mécanisme dissociatif de l’amnésie s’éclipse, et souvenirs, sensations corporelles et charge émotionnelle percutent.
Ces aléas de notre fonctionnement psychique effacent pour un temps tout ce qu’on croyait connaître. Notre identité, notre personnalité, s’appuient sur la confiance que l’on accorde à notre mémoire, socle supposé fiable de notre histoire. On compte sur elle pour se définir. Quand celle-ci se révèle aléatoire, alors c’est le sentiment d’autocontrôle qui vacille. En effet, Joséphine entend, comprend, conçoit tout ça très bien, mais malgré ces explications scientifiques, l’atteinte personnelle reste puissante, sa force psychique est altérée, « les classeurs de ma bibliothèque sont par terre ». Les questions en boucle, les ruminations insistent : «Pourquoi je ne l’ai pas repoussé ? Et comment j’ai pu oublier ?»

Instruite et plutôt militante, elle a bien sûr entendu parler de la sidération, de ce court-circuit momentané qui peut s’imposer à tout un chacun en cas de sensation de danger extrême (soulignons de ce point de vue qu’amnésie et figement sont donc les deux faces d’une même pièce). Elle est convaincue par la justesse de la défense des femmes en cas de violence sexuelle, y compris quand elles n’ont pu ni crier, ni se débattre. Je valide ses connaissances, partage quelques précisions sur les réactions psychiques et physiologiques mises en évidence par la théorie polyvagale. Selon l’intensité de la sensation de danger, le psychisme va pouvoir soit mobiliser toutes ses compétences (dans l’interaction sociale, situations perçues comme délicates mais gérables), soit recourir indépendamment de sa volonté aux deux options qui sont la fuite ou le combat (focalisation sur des ressources plus archaïques en cas de vécu de danger), soit en- fin se figer, faire le mort (quand on ne peut ni fuir ni combattre, l’effroi et la dissociation surgissent). Autant de ressources de survie qui parlent pour nous, agissent pour nous.

Cognitivement et éthiquement, ces compléments d’informations sont acceptables et acceptés par Joséphine. Mais quand il s’agit de soi, c’est bien différent, pour toutes et tous, il existe une forme d’illusion autour du « ça n’arrive qu’aux autres »... La théorie n’apaise pas fondamentalement son vécu psychique et corporel d’impuissance, « comme si je me liquéfiais », et le blâme personnel qu’elle s’inflige de n’avoir pu se sortir de cette situation. Le « dans cette salle de bains, je n’étais rien » devient ritournelle. Corps et esprit sont marqués profondément, durablement, les connaissances sont intéressantes mais non suffisantes...


Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026.

Cécile Condaminas

Auparavant éducatrice spécialisée, elle est devenue psychologue clinicienne il y a quinze ans, avec la volonté de maintenir une posture professionnelle résolument pragmatique. Elle s’est spécialisée dans la psycho-traumatologie centrée compétences au fil de ses expériences au Centre régional du psychotraumatisme des Pays de la Loire ou encore à l’unité médico-judiciaire du CHU de Nantes.

Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 80: Fev. / Mars / Avril. 2026.

TRAUMATISMES.

Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°80…

6 / Éditorial : L’importance d’aller dans le sens de la résistance Julien Betbèze.
8 / En couverture : Mikhaël Allouche & Ana Waalder. Le récit alternatif Interview par Sophie Cohen.
12 / Faire face à une situation réputée difficile Donner du temps au temps Jacques-Antoine Malarewicz.
20 / Le vide, l’inspiration, la vacuité. Exemples d’intervention en thérapie systémique et stratégique brève. Nathalie Koralnik.
30 / Deuil en thérapie narrative. « Bonjour Papi Georges » Stéphanie Robert.


ESPACE DOULEUR DOUCEUR
40 / Introduction Gérard Ostermann.
44 / La perte en gériatrie Miroir d’un effondrement psychique. Johanna Rabinovici.

DOSSIER TRAUMATISMES
55 / Levée d’amnésie traumatique.« Ranger sa bibliothèque lorsque les souvenirs reviennent ». Cécile Condaminas.
62 / Endométriose post-traumatique Libérer les sujets du pouvoir du monde traumatique avec la TLMR. Éric Bardot.
74 / Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants Traitement avec la PTR Gérald Brassine.

QUIPROQUO

84 / Difficile. S. Colombo, Muhuc.

BONJOUR ET APRÈS...
88 / Madeleine. Sa vie bouleversée après les soins d’un cancer. Sophie Cohen.


CULTURE MONDE
92 / Au Vietnam, dans la chambre des âmes. Sylvie Le Pelletier- Beaufond.

LIVRES EN BOUCHE
96 / J. Betbèze, S. Cohen.

Illustrations du numéro: Mikhael Allouche et Ana Waalder.



Laurent GROSS
Formateur en EMDR - IMO à Paris, Marseille, Annecy, Bordeaux, Suisse (Genève, Lausanne) et Nancy.... En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le 1 Avril 2026 à 11:28 | Lu 22 fois




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